L’OL et les réseaux sociaux, le grand désamour

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Depuis la prise de fonction de Bruno Genesio, en décembre 2015, les réseaux sociaux sont au cœur du club. Souvent virulents à l’encontre de l’entraîneur de l’OL, ils animeraient un climat de tension autour du club, selon son président, Jean-Michel Aulas. Un président qui utilise pourtant presque sans cesse le réseau à l’oiseau bleu pour faire passer des messages, ou échanger, de manière souvent vive, avec les supporters. Mais pourquoi un tel désamour ? Pourquoi l’OL donne-t-il autant d’importance à de simples caractères écrits par des anonymes ? Pour y voir plus clair, nous avons interrogé deux supporters actifs sur Twitter. Le premier, Dominique Blanchard, est ancien journaliste pour le groupe TF1, et aujourd’hui professeur de communication audiovisuelle. Le second, SeriousCharly, est ce que l’on appelle un influenceur, et pourrait remplir le stade de Gerland avec ses abonnés. Décryptage.

Mercredi soir, 22h55. L’arbitre siffle la fin de la rencontre entre l’OL et Hoffenheim, quelques secondes après l’égalisation allemande. Le compte officiel de l’OL, sur Twitter, tweete donc le résultat final. En réponse, près de 700 commentaires, tous plus froids les uns que les autres. De l’énervement, des insultes, mais surtout, un nombre incalculables de messages à l’encontre de Bruno Genesio, principalement ciblé par la majorité des supporters présents sur le réseau. Mais comment en est-on arrivé à cette situation ? Recommençons depuis le début.

Les tweets sévères à l’encontre de l’Olympique Lyonnais ne sont pas nés en même temps que la promotion de Genesio en tant que numéro 1. Sous Hubert Fournier, déjà, et notamment lors de ses six derniers mois, Twitter était un lieu très dur envers l’entraîneur de l’époque. Son départ, quelques semaines après le début de la crise de résultats à l’OL, a sans doute fait oublier la violence des propos dont il était victime sur le réseau, à l’époque. Mais depuis trois ans et demi, la pression s’est accentuée. Dans sa globalité, la communauté de l’Olympique Lyonnais s’est vivement retournée contre le staff en place. Une situation que Dominique Blanchard cautionne, tant que cela reste dans le respect des hommes. “Je suis d’accord avec le fait de critiquer le jeu de l’équipe, et les choix de l’entraîneur. Cela fait des mois que l’on va de déceptions en déceptions, Twitter devient ainsi un terrain d’expression et reflète sans doute l’opinion d’une grande partie des supporters. Mais cela n’autorise personne à déborder de ce cadre et insulter de façon grossière Bruno Genesio et le Président”, nous dit-il.

Charly : “Ce qui me choque, c’est l’importance monumentale que le club donne à un réseau et à des avatars qui n’ont aucun poids réel sur le climat du club”.

Et au sein même du club, Twitter semble déranger, voire même polluer le climat qui entoure l’OL. Mercredi, à l’issue du match nul contre Hoffenheim, Jean-Michel Aulas déclarait : “Les joueurs sont […] sensibles aux critiques permanentes pas toujours justifiées”. Une pique qui vise directement les médias, mais aussi les réseaux sociaux, et qui peut faire référence aux nombreuses réflexions de Bruno Genesio vis à vis de Twitter, lui qui assure ne pas avoir de compte mais “rester informé”. Pour SeriousCharly, accuser Twitter pour justifier des résultats inconstants est une bêtise. “Pour considérer que les réseaux sociaux sont trop durs avec l’OL, il faut vraiment une toute petite vision de comment ils fonctionnent. La sphère lyonnaise est active, virulente, elle trolle énormément, il suffit de voir les tirages au sort en Coupe d’Europe. Cependant, elle est loin, très loin d’être la plus toxique ou la plus violente. En Angleterre, les supporters sont beaucoup plus nocifs quand les résultats, ou le jeu, ne sont pas là. En France, les supporters marseillais sont au moins aussi virulents que les Lyonnais. Avant de porter un jugement sur la valeur ou la force des critiques sur les réseaux, il faut d’abord poser quelques bases : on parle uniquement de Twitter, là. Il n’y a pas de critiques sur Instagram ou sur Facebook. On est donc sur un réseau social isolé, dont l’importance est relativement faible, au fond. Twitter a ça de fabuleux que sur n’importe quel sujet, tu trouveras toujours un mec pour t’insulter ou te menacer de mort, même sur le fait de mettre de la crème dans la carbonara ou pas ! À partir de là, l’importance que l’on donne à Twitter est toute relative. Quel est le poids réel de Twitter dans la vie de Genesio ? Est-il dérangé par des mecs au stade, à l’entraînement, dans sa vie privée ? De mon point de vue, les critiques sont fortes, régulières, mais logiques. Et ça ne dépasse pas les bornes, contrairement à ce qu’on a voulu nous faire avaler avec cette histoire d’agression qui n’avait rien à voir avec Internet”, nous raconte Charly.

Et comment voit-il ce rôle sur Twitter ? “Les twittos sont durs avec l’OL, mais ils sont durs avec l’OM et avec le PSG aussi. La seule différence, c’est que Rudi Garcia et Thomas Tuchel n’en ont rien à faire de ce que Poseidon92100 (supporter parisien, ndlr) ou Arrowgance (supporter marseillais, ndlr) disent sur eux, aussi violent puissent être les propos. Moi, ce qui me choque, ce n’est pas la dureté ou la virulence du twitter lyonnais, c’est l’importance monumentale que le club donne à un réseau et à des avatars qui n’ont aucun poids réel sur le climat du club. Tout ça, c’est du vent. Les influenceurs lyonnais ne font pas siffler le stade, ils ne font pas produire de banderoles, et ils n’appellent pas à la violence. On ne fait qu’exprimer une opinion qui est relayée par d’autres gens qui la partagent. Personne ne suit aveuglement nos points de vue. Mettre les résultats sur le dos d’un climat délétère qui n’existe nulle part ailleurs que sur un réseau dont tout le monde se fout, c’est d’une hypocrisie sans nom”.

Dominique Blanchard : “Le club a tort de nier et sous-estimer les critiques”.

Alors les influenceurs, fautifs ou non des commentaires sur les réseaux ? Pour Charly, non : “Je pense que ces histoires d’influence, c’est du pipeau. Si quelqu’un dit une énormité sur les réseaux sociaux, il se fera défoncer. Si quelqu’un dit quelque chose de pertinent, il sera suivi”. Alors que pour Dominique Blanchard, “il y a des influenceurs qui ont beaucoup d’abonnés et qui donnent le ton. Effectivement, dans l’ensemble, ils sont assez critiques sur le jeu, le président, et l’entraîneur. Mais le club a tort de nier et de sous-estimer ces critiques. On pourrait d’ailleurs émettre un avis dans le sens inverse, et dire que le service communication de l’OL est particulièrement nul”.

Il y a quelques jours, sur RMC, Daniel Riolo, connu pour ses interventions souvent clivantes, fustigeait Bruno Genesio, en déclarant qu’il ne “servait à rien”. Une intervention qui est arrivée jusqu’aux oreilles du principal intéressé qui y a répondu de manière assez mystérieuse, estimant que “le commentaire (de Daniel Riolo, ndlr) est repris par des commentaires sur les réseaux sociaux”. Comme si les twittos avaient besoin des interventions d’un éditorialiste pour se faire un avis. Pour Charly, les propos de Riolo n’ont rien changé aux pensées des supporters : “Daniel Riolo est une voix qui porte dans le foot. Il a exprimé, sur une émission à large audience, une opinion partagée par énormément de supporters, et sa voix a donc été relayée. Il n’y a pas d’histoire d’influence ou d’endoctrinement là-dedans, juste des gens d’accord ou pas d’accord”.

Mais si les supporters se font chacun leur propre avis, et que Twitter n’est qu’un réseau social parmi d’autres, pourquoi Genesio semble-t-il autant mépriser les amoureux de l’OL présents sur le réseau à l’oiseau bleu ? Charly a une idée de la réponse : “On ne peut pas contrôler Twitter. On ne peut pas envoyer des messages aux rédacteurs en chef ou négocier la paix en troquant des interviews ou des infos sur Twitter. Twitter est un électron libre, un média à part entière sur lequel l’OL n’a pas de marge de manoeuvre. Encore une fois, tout part de l’importance que le club donne à Twitter. Imagine-t-on Mourinho pleurer en conférence de presse parce que des mecs lui ont dit d’aller niquer sa mère ? Voit-on d’autres entraîneurs de Ligue 1 venir se plaindre parce que des twittos disent qu’ils sont nuls ? Il n’y a qu’à Lyon que l’on donne autant d’importance à des critiques venant de gens qui n’ont aucun poids dans le monde du foot, aucun poids au stade, aucun poids dans les médias. Et je m’inclus dedans”.

Charly : “Aulas transforme la déception et la frustration du sportif en une colère contre l’Institution.”

Mais si l’OL prend autant à coeur les critiques des twittos, c’est aussi peut-être parce que son président, Jean-Michel Aulas, aussi connu sous le pseudonyme @JM_Aulas, est présent sur le réseau depuis plus de 7 ans ! Longtemps en avance sur sa faculté à s’exprimer via Twitter, le président lyonnais semble aujourd’hui dépassé par l’ampleur de chacune de ses déclarations. Les clashs avec les supporters sont désormais systématiques, et cela accroît peut-être la virulence des propos des fans. Dominique Blanchard juge d’ailleurs que Jean-Michel Aulas “est apparu assez novateur en venant sur Twitter, mais maintenant, certaines de ses interventions sont désastreuses et complètement à contre-courant. Il devrait limiter sa parole, qui prendrait alors plus de poids”. Un avis partagé par Charly, qui développe : “Au début, on rigolait, puis c’est devenu gênant. Il y a deux aspects à analyser sur la présence de Jean-Michel Aulas sur Twitter. La première, c’est qu’il y est très présent, et donc, il va y accorder beaucoup d’importance. C’est par son hyperactivité et son usage du réseau qu’il a lui-même adoubé Twitter comme un contre-pouvoir qu’il n’arrive pas à contrôler. On voit bien le basculement : depuis Genesio, Aulas insulte, attaque, et dénigre ses propres supporters. JMA est un génie de la communication, un gestionnaire hors-pair, et il a toujours maîtrisé parfaitement la gestion des crises à travers les médias. Sur Twitter, il est en direct avec le cœur des supporters , et il n’arrive pas à gérer ça dignement. Du coup, en prolongement, on trouve le deuxième problème. En étant omniprésent, en allumant des contre-feux sans arrêt et en attaquant sa propre base, Aulas plante les graines de la colère. Mardi soir (après le nul face à Hoffenheim, ndlr), la déception était de mise, mais tout le monde était d’accord pour dire que l’OL avait fait une belle première période. Quand Aulas débarque sur Twitter pour dire que la première mi-temps prouve que le coach n’est pas responsable, il met une bouteille pleine d’huile sur le feu. A titre personnel, je ne comprends pas la stratégie de Jean-Michel Aulas, pour peu qu’il y en ait une. Qu’à-t-il à gagner à mépriser ses supporters ? C’est en attisant cette colère qu’il contribue à faire de Twitter un endroit contestataire. Il transforme la déception de la frustration du sportif en une colère contre l’Institution. A contrario, Jacques-Henri Eyraud (président de l’OM, ndlr) est beaucoup plus lisse, parfois proche du parodique dans sa communication, mais au moins, il fédère un minimum. Jean-Michel Aulas n’a pas grand chose à envier à son homologue marseillais, mais il gagnerait à s’inspirer de sa candeur”. Et comme nous dit si bien Dominique Blanchard, “un président ne devrait pas dire ça…sur Twitter !”.

Les années Genesio laisseront incontestablement une trace sur les relations qui unissent l’OL et ses supporters via les réseaux sociaux. Et si ce climat de tension ne semble reposer que sur les épaules d’un seul homme, on a du mal à croire qu’un groupe de joueurs professionnels puisse être réellement touché par la virulence des propos venus d’un réseau social. Les banderoles au stade et les sifflets, plus rares mais bien présents, doivent eux avoir une part bien plus importante dans l’esprit du staff et des dirigeants. Twitter n’est pas le seul lieu où les opinions des supporters peuvent émerger. Le stade, lui aussi, et c’est bien moins négligeable, a déjà exprimé sa colère…

L’équipe Coeur de Gone remercie @BlanchardDom et @SeriousCharly pour leurs précieux témoignages.

Copyright photo en Une : www.coeur-de-gone.fr

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À propos de l'auteur

Supporter lyonnais et rédacteur pour coeur-de-gone.fr

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